Je me suis toujours dit que ma reconstruction ne passerait pas par le fait de témoigner sur mon passé… Je me trompais. Lorsque je repense a ma vie avec lui je vais l’appeler « le chevalier noir » parce que tout d’un charmant homme en apparence mais creusons…
Je ne vous citerai pas toutes mes mésaventures dans l’ordre mais pèle mêle comme elles me reviennent. Comprendre pourquoi une femme en vient a tolérer ce genre de destruction envers elle, moi-même je n’ai pas encore toutes les réponses.
Un jour d’été, le programme était d’aller rendre visite aux beau-parents (tant mieux j’adore ma belle mère) nous voilà donc partie, en voiture, sur la nationale, le soleil brille, les oiseaux chantent…
Dans mon rétroviseur je remarque un scooter qui me colle aux fesses incapable le bougre de se faufiler comme le font d’ordinaire les motards. Pourtant je suis a droite et il m’agace comme une abeille qui bourdonne a mon oreille. Mon chevalier noir s’énerve bien sur…
Le bourdon fini par doubler mais non content d’avoir enfin pu continuer son chemin, le charmant coléoptère me fait une queue de poisson avant d’accélérer, mais une belle ! Celle qui fait freiner et avoir des sueurs, là mon chevalier réclame « justice » à corps et à cris et me somme de le rattraper, je ne suis pas d’accord, ça ne sert a rien a part être aussi stupide que le bourdon qui virevolte un peu plus loin devant et qui sort a une sortie qui n’est pas la notre et moi je continue ma route. Quelle n’a pas été mon erreur !
Le chevalier se transforme en monstre, et m’envoie une grosse droite sur ma face droite, et puis deux ! Je sens ma tempe se déchirer, mon oreille me fait mal, mes lunettes de soleil volent, comme pour le téléphone cassé, je ne cherche que mes lunettes en espérant qu’elles ne sont pas cassées, ma joue est meurtrie, elle rougie, j’ai envie de pleurer plus du geste que de la douleur.
Il me demande de m’arrêter je le fais (les deux droites en ont fini avec mes envies d’autonomie et de libre arbitre) et puis je me dis qu’il serait capable de mettre un coup de frein a main comme il l’a déjà fait (c’est une autre histoire) il veut descendre, partir et partie de moi lui souhaite bon vent, mais je me dis que nous sommes sur une nationale, c’est dangereux, j’arrive a le convaincre de remonter pour que je l’amène jusque chez sa mère et ensuite je suis résolue de partir sans même entrer.
Je ne me plains pas. Le coté droit de mon visage me fait horriblement mal mais moins que mon cœur qui saigne, conscient que celui a qui il s’est dévoué est un monstre de barbarie et de violence incontrôlée.
Je m’arrête devant chez sa mère, je descends de la voiture sans couper le moteur, il me regarde le regard sans compassion, sans repenti. Et là enfin je m’accorde de m’occuper de ma joue qui crie de douleur, je me passe la main dessus, et là une larme coule de mes yeux comme si mon corps me remerciait de lui accorder enfin de l’importance, celle que lui n’a pas eu pour moi.
Je veux partir loin, je ne veux pas qu’il me voit pleurer pas encore ! Mais trop tard, son regard a changé le monstre a eu a manger, il est parti. Il me dit que je dois avoir mal, que ça va gonfler qu’il faut que je soulage ça, il ne s’excuse pas, il ne le fait jamais. Je prends ça pour de l’amour, avec le recul je pense qu’il ne voulait pas que quelqu’un me vois comme ça.
Je passe la porte de chez sa mère, il lui a dit pour éviter la surprise. Elle me donnera de la glace, de la pommade, sermonne son fils, mais il a changé quelque détails en lui racontant, justifie je ne sais de quelle manière, je suis occupée a me soigner. Il est revenu une fois de plus petit a petit en faisant partir toutes mes résistances se servant du fait que j’avais besoin de bras pour pleurer, pour implorer le ciel secrètement de « pourquoi moi ». Je me sens comme une enfant qui a eu mal, j’ai tant besoin de douceur, je suis vulnérable, mon cœur et mon amour propre sont à la ramasse, en miette. L’homme a qui je confie ma vie et mon avenir broie tout à coup de poings et a coups de pieds et je n’ai pas la force, je ne trouve pas les mots pour lui faire comprendre qu’il n’a pas le droit de faire ça, pas le droit de briser et de faire taire mes rêves et mes espérances de femme, digne de ce nom. Il balancera une excuse a sa manière, mais cela n’efface rien, comment effacer une chose pareille ? Une de plus…
Je souffre depuis plusieurs années d’une sorte d’acouphène à l’oreille droite lorsque celle-ci est exposée a un son trop fort aigu ou grave. Je me décide enfin à aller consulter un ORL, qui me diagnostique un trauma du tympan, un truc pas grave, une gène avec laquelle il me faudra vivre. Suite à un coup… je ne lui ai rien raconté. Stigmate de ma vie passée, qui me le rappellera qui me fait payer le fait d’avoir enduré çà.
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